Jeumon

1991 - 2009 Saint-Denis

De retour à Saint-Denis en 1990, à la suite de la victoire aux municipales des socialistes le théâtre s’installe dans les anciennes forges Jeumont-Schneider, une friche industrielle déjà explorée lors de l’affaire du Grand Marché. Nous voulions entreprendre une expérience pluridisciplinaire avec les plasticiens de Jeumon Arts Plastiques, les musiciens de l’association Live (Le Palaxa) et les auteurs de bandes dessinées de la revue Le Cri du Margouillat. L’installation se fit en pleines émeutes du Chaudron et son inauguration accueillit la foule des grands jours ! Sa réputation de lieu alternatif, refuge de toutes les protestations et toutes les utopies le rendit suspect aux yeux des autorités. La partie gérée alors par Vollard possède un atelier décor, un atelier costume, un entrepôt, un atelier musique utilisé par Tropicadéro, des bureaux, une vaste halle avec deux plateaux de théâtre et des gradins mobiles, un cabaret musical (le Ti Bird puis le Kabar Bar), une cour où peuvent se donner des concerts et des fêtes.

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le déclin

Le lieu est alors constamment harcelé par les autorités et un pouvoir municipal qui entend le récupérer. Dès 1991 Vollard affiche le slogan "Quelle culture ?". En réponse l’association Live, manipulée par la municipalité, donne le nom de "Palaxa" à la salle de concert, ce qui signifiait "pas là avec Vollard" ou "pas là avec la politique". Le lieu décline lentement mais ne meurt jamais tout à fait et renait à l’occasion de fêtes culturelles revendicatives soutenues par un public nombreux (Mille Bougies, Kabar Zintermittents, Jeumon à la Belle Étoile, appelé ainsi parce que les autorités, Drac et Mairie ont démonté le toit de Jeumon, laissé le chantier en plan et déconventionné la troupe pour n’avoir pas fait d’accueil dans sa salle !). La presse nationale, notamment Charlie Hebdo, Les Temps modernes, Libération défendent les lieux, des créations comme "Millenium","Votez Ubu Colonial", "Emeutes" dénoncent le système. Mais que faire ? En 1998 les locaux de Vollard sont cambriolés 9 fois et les lieux laissés à l’abandon. L’Etat et les autorités réunionnaises subventionnent alors largement le Centre dramatique du Grand Marché devenu théâtre officiel (fondé par Vollard longtemps "préfiguration" du Centre avant d’en être dépossédé). Les associations de Jeumon sont étranglées les unes après les autres, Live, abandonné à son tour par la municipalité, Jap, le Kabar Bar, le Cri du margouillat, dont le directeur André Pangrani est condamné aux côtés d’Emmanuel Genvrin en 1999 pour injure à l’administration. En 2000 subsistent Vollard également mis en[redressement judiciaire pour 7 ans et quelques plasticiens. Les services culturels de la mairie s’installent alors progressivement au Palaxa. Vollard est peu à peu dépossédé de ses locaux de stockage, de son atelier, de sa salle de spectacle, fermée pour raisons de sécurité tandis que la DRAC lui retire sa licence d’accueil du public. En 2007 un espace de théâtre flambant neuf "La Fabrique" est inauguré de l’autre côté de la rue et confié à une compagnie conventionnée, Cyclone productions. La mairie organise à grand frais à Jeumon des concerts, des spectacles, des expositions désertées par le public. Sous le règne du maire UMP René-Paul Victoria, il est même question que les lieux deviennent un centre chorégraphique. A la veille de l’expulsion de Vollard, le directeur des affaires culturelles municipales, Jean-Pierre Clain, qui a menacé physiquement Jean-Luc Trulès et Emmanuel Genvrin, décède d’une crise cardiaque. La pression retombe jusqu’aux élections suivantes.

la fin

Au retour de la municipalité socialiste en 2008 le projet de Cité des Arts qui, d’après le programme électoral, devait se substituer au projet de Zénith à l’entrée est de la ville est finalement déplacé à Jeumon. Cette fois la troupe doit partir. Le maire Gilbert Annette échange son départ contre une moitié du financement de l’opéra Chin et le retour de la troupe au Centre Dramatique, théâtre du Grand-Marché dont il avait été expulsé en 1987. La deuxième partie du contrat n’est pas honorée à cause de l’hostilité de l’Etat - la compagnie est proscrite depuis quinze ans - et Vollard se retrouve hébergé dans le rez de chaussée d’une école désaffectée de l’écart de Saint-François. A partir de 2013, les subventions municipales au théâtre Vollard sont diminuées puis supprimées. Jeumon, excepté le fameux "Palaxa" est alors rasé au bulldozer en janvier 2012. Les travaux s’éternisent jusqu’en 2015 et l’inauguration de la Cité des Arts a lieu en février 2016. Sans Vollard.

la presse

« Un hangar de très belles proportions, entouré de petites cabanes peinturlurés, construites et décorées par les adolescents du quartier » [Colette Godard, Le Monde]

« Des peintures et des tags ornent les murs. Des pancartes sont fixées sur des bidons. Un atelier de couture dans un baraquement, des bureaux (planches sur tréteaux, rayonnages et téléphones, photocopieur) dans un bâtiment à un étage. Des espaces pour construire et peindre, des décors, pour répéter. » [Micheline Servin, Les Temps Modernes]

« Jeumon, né pendant les émeutes de 1991 est une sorte de Cartoucherie locale. Ses hangars n’abritent pas seulement le Théâtre Vollard, mais nombre d’autres artistes, musiciens, plasticiens » [Jean-Pierre Han, Cripures]

 
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