Grand Marché, l'expulsion
Emmanuel Genvrin, in "Témoignages", 16 juillet 1987
L’homme de la rue se demande pourquoi la troupe Vollard ne prend pas sa place au théâtre Fourcade. Des travaux ont changé l’affectation initiale du lieu. Au départ, la scène et les gradins devaient être mobiles, modulables, propres à l’invention scénique. Le Conseil général ayant décidé d’ajouter une fonction « salle de congrès », le lieu est devenu un « petit Champ-Fleuri » triste avec ses fauteuils rouges, sa scène frontale en béton et ses murs peints en rose. Mais admettons que le théâtre, tel qu’il est, soit propre à la pratique théâtrale, qu’en est-t-il de son fonctionnement ? Pendant des années les déceptions se sont accumulées sur Champ-Fleuri et le Crac. En ouvrant ses portes à tous les artistes et à toutes les pratiques, le théâtre Fourcade est censé désamorcer le mécontentement. Mais au fil du temps on s’apercevra que ce lieu a ses limites, ses exigences et ses contraintes, que les spectacles ont un coût, sont l’objet de réglementations et que les conditions proposées sont décevantes. Il y aura les passe-droits, les copinages, les conflits à répétition avec l’autorité municipale. On ne pourra pas servir tout le monde. Au début il est possible que le public vienne, mû par la curiosité et fidèle à la confiance accumulée par la troupe Vollard (c’est ce fonds de commerce, patient travail de six années,qu’on nous « vole »). Après des pièces de théâtre amateur, des galas de fin d’année, des conférences et des défilés de mode que restera-t-il de l’intérêt du public ? Le projet de la troupe Vollard, un centre dramatique régional à Fourcade, respectait l’esprit du financement de l’équipement, il reconnaissait six années de réussite culturelle au Grand Marché, il offrait un profil de carrière aux sept professionnels permanents de la compagnie. Il n’empêchait nullement l’ouverture sur les autres troupes et les autres arts, il se refusait à la démagogie et à la surenchère dans un milieu où l’égoïsme est roi, où le manque de repères quant au niveau réel des œuvres et des carrières se prête à toutes les manipulations. Ce « centre dramatique » qui se propose d’être l’un de ces repères, reste l’objectif de notre compagnie. Il faut au Théâtre Vollard un lieu, modulable et créatif. Ce lieu existe aux anciens entrepôts Jeumont, au Butor.
 
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